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J.O
n° 112 du 15 mai 2001 page 7735
Textes généraux
Santé
Arrêté du 10 mai 2001 modifiant l'arrêté du 12
janvier 1999 relatif aux règles de bonnes pratiques cliniques et
biologiques en assistance médicale à la procréation
NOR:
SANP0121721A
Le ministre délégué à la santé,
Vu le code de la santé publique, et notamment
l'article R. 184-1-11 ;
Vu l'arrêté du 12 janvier 1999 relatif aux règles de
bonnes pratiques cliniques et biologiques en assistance médicale à
la procréation,
Arrête :
Art. 1er. - L'annexe de l'arrêté du 12 janvier 1999
susvisé est ainsi modifiée :
Les quatre derniers alinéas du a du 1.2.4. Tests de
sécurité sanitaire sont supprimés ; il est inséré un sous-chapitre
1.3 intitulé : « Prise en charge en assistance médicale à la
procréation des patients à risque viral », dont le contenu est fixé
en annexe du présent arrêté.
Art. 2. - Le directeur général de la santé et le
directeur de l'hospitalisation et de l'organisation des soins sont
chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent
arrêté, qui sera publié au Journal officiel de la République
française.
Fait à Paris, le 10 mai 2001.
Bernard Kouchner
A N N E X E
« 1.3. Prise en charge en assistance médicale à la
procréation
des patients à risque viral
Suivant les recommandations universelles de sécurité
sanitaire, tout prélèvement biologique doit être considéré à risque.
Cependant, la présence de marqueurs biologiques de l'infection par
le VIH, par les virus des hépatites B et C chez l'un ou les deux
membres du couple (patients virémiques) sollicitant une assistance
médicale à la procréation impose une prise en charge particulière
des patients, des conditions renforcées d'organisation de l'équipe
médicale clinico-biologique et une organisation du laboratoire
adaptée au risque viral. Ces procédures permettent de réduire les
risques de contamination du conjoint, de l'enfant à naître, des
gamètes et des embryons appartenant à d'autres couples et, enfin,
des personnels ; elles permettent aussi d'assurer un environnement
médical et psychologique optimal de ces couples souvent
vulnérables.
Les établissements autorisés aux activités cliniques
et biologiques d'assistance médicale à la procréation souhaitant
réaliser ce type de prise en charge doivent impérativement remplir
les exigences figurant dans ce chapitre. Dans ce cas, chaque
établissement devra déclarer cette activité au ministre chargé de la
santé.
1.3.1. Organisation du laboratoire d'assistance
médicale
à la procréation prenant en charge des patients à
risque viral
Il est impératif pour les personnels de respecter dans
le laboratoire l'ensemble des dispositions du présent guide et les
précautions universelles lors de la manipulation d'échantillons
biologiques d'origine humaine mentionnées au sous-chapitre
1.1.2.
Le laboratoire doit mettre en place une organisation
particulière en créant un circuit à risque viral bien identifié :
les activités chez les patients à risque doivent être dissociées par
rapport aux activités concernant les couples sans risque identifié.
Soit il s'agira d'une dissociation dans le temps sur une période
donnée, soit d'une dissociation dans l'espace du laboratoire, avec
utilisation d'un poste de travail complet séparé avec personnel
dédié ; cette dernière solution, permettant de ne pas désorganiser
le fonctionnement du centre d'assistance médicale à la procréation,
doit être mise en place dans les établissements ayant un fort
recrutement. Dans tous les cas, le laboratoire doit bénéficier des
matériels nécessaires pour assurer une sécurité sanitaire
maximale.
Les procédures d'organisation et de sécurité doivent
être écrites, révisées régulièrement et validées par le CLIN, si la
structure en dispose. Elles doivent être connues par l'ensemble de
l'équipe.
Le personnel des équipes clinique et biologique du
centre d'assistance médicale à la procréation doit faire l'objet
d'une formation spécifique adaptée à la prise en charge de patients
et au traitement de prélèvements à risque viral.
Le poste de travail utilisé en situation de risque
viral doit être équipé d'une hotte à flux laminaire à flux vertical.
Pour la préparation des spermatozoïdes, il doit être équipé d'une
centrifugeuse à nacelle étanche, d'un incubateur à CO[[!]]2 et d'un
microscope ; pour l'utilisation en ICSI, le poste doit posséder le
matériel nécessaire, il est recommandé dans ce cas que la hotte soit
équipée d'une loupe binoculaire. La congélation des spermatozoïdes
sera effectuée dans des paillettes dites de « haute sécurité », avec
utilisation d'appareil de soudure adapté. Les cuves de stockage
doivent être spécifiques et séparées pour les paillettes de patients
VIH, pour les paillettes de patients VHC et pour les paillettes de
patients VHB ; les paillettes de patients coinfectés par le VIH et
les hépatites seront déposées dans la cuve VIH. Les embryons
congelés sont stockés également dans une cuve spécifique. Il est
nécessaire de disposer d'une cuve de secours.
Des équipements spécifiques ne sont pas nécessaires
dans le laboratoire de virologie, mais le personnel doit être
particulièrement formé à ces techniques spécifiques.
1.3.2. Cas des couples sérodifférents
dont l'homme est séropositif pour le VIH
La mise en oeuvre de techniques d'assistance médicale
à la procréation permet de réduire au sein du couple les risques de
contamination grâce à une préparation et un lavage du sperme, suivis
d'une évaluation de la charge virale dans la fraction finale de
spermatozoïdes avant utilisation. Il convient de rappeler qu'il
s'agit d'une des indications légales de l'assistance médicale à la
procréation à côté de la lutte contre l'infertilité.
A. - Nécessité d'une équipe pluridisciplinaire
structurée et d'une organisation particulière :
La prise en charge de ces couples représente une
charge de travail importante ; elle nécessite la présence d'une
équipe clinico-biologique structurée au sein du centre d'assistance
médicale à la procréation ; par ailleurs, doit s'installer une
collaboration étroite entre l'équipe clinico-biologique d'assistance
médicale à la procréation et un laboratoire de virologie spécialisé
et reconnu, ayant une expérience particulière de ce type
d'analyse.
L'équipe doit comporter au minimum un clinicien et un
biologiste de la reproduction, un clinicien spécialiste du sida ou
un hépatologue selon les cas, un virologue et un psychiatre ou un
psychologue, et se réunir régulièrement sur ces dossiers
particuliers.
Son rôle est :
- d'assurer les entretiens préalables à l'assistance
médicale à la procréation prévus à l'article L. 2141-10 en tenant
compte de la situation particulière liée à la séropositivité ; les
couples devront recevoir toute l'information nécessaire sur les
procédures d'adoption et sur le don de sperme de donneur,
garantissant un risque nul de contamination et sur les techniques de
réduction du risque de contamination, qui ne peuvent être assimilées
à une procréation sans risque ;
- d'évaluer les critères de prise en charge des
patients sur le plan médical, psychologique et virologique et de
valider les demandes. Certains couples pourront ne pas être retenus
; il convient de rappeler qu'en application de l'article L. 2141-10
un praticien peut toujours différer une assistance médicale à la
procréation dans l'intérêt de l'enfant à naître ;
- de recueillir les consentements des deux membres du
couple à l'assistance médicale à la procréation et à la mise en
oeuvre des méthodes spécifiques de réduction des risques ;
- d'assurer le suivi médical et psychologique du
couple tout au long de la prise en charge en assistance médicale à
la procréation et pendant la grossesse.
B. - Critères de sélection des couples :
S'agissant de la mise en oeuvre d'une assistance
médicale à la procréation, le couple doit remplir l'ensemble des
conditions légales d'accès prévues à l'article L. 2141-2. Il doit
s'engager à avoir une vie sexuelle protégée, y compris pendant la
grossesse et l'allaitement. Le couple doit être averti de la
nécessité d'avoir plusieurs entretiens avec l'équipe
pluridisciplinaire clinico-biologique, incluant obligatoirement un
entretien psychologique.
L'homme doit être séropositif pour le VIH-1, porteur
d'une souche quantifiable ; il peut être traité ou non, selon les
recommandations habituelles dans ce domaine. Il doit attester d'un
suivi régulier de son infection. Le patient ne doit pas être porteur
de pathologies évolutives, et son taux de CD4 doit être supérieur à
200/mm3 à deux reprises dans les quatre mois précédant la demande et
au moment de l'inclusion. Chez un sujet traité, le taux d'ARN
plasmatique du VIH doit être stable, sans augmentation de plus de
0,5 log dans les quatre mois précédant la demande et au moment de
l'inclusion.
La femme doit être séronégative dans les deux mois
précédant la demande et lors de l'inclusion.
La validation définitive de la demande du couple sera
effectuée par l'équipe pluridisciplinaire au vu de sa situation
médicale, psychologique et virologique, notamment après traitement
du sperme.
C. - Mise en oeuvre de l'assistance médicale à la
procréation et procédures cliniques de suivi :
Le centre d'assistance médicale à la procréation doit
pouvoir mettre en oeuvre l'ensemble des activités, recueil et
traitement du sperme, FIV, ICSI, dans le but de s'adapter à toutes
les situations présentées par les couples. Les actes d'assistance
médicale à la procréation seront effectués dans l'établissement
lui-même, notamment le geste clinique d'insémination, le recueil
d'ovocytes ou le transfert d'embryons.
L'évaluation de la santé de l'homme sera trimestrielle
tout au long du programme d'AMP en veillant au respect des
conditions initiales d'inclusion, notamment sur la stabilité de son
infection.
La femme devra bénéficier d'une surveillance
virologique avec la pratique d'une sérologie VIH et d'une recherche
de l'ARN du VIH :
- dans les quinze jours précédant chaque tentative
d'AMP ;
- deux à trois semaines, puis trois et six mois après
cette tentative, qu'il y ait grossesse ou non ;
- à l'accouchement.
Aucun suivi de l'enfant n'est nécessaire si la femme
est séronégative à l'accouchement.
D. - Procédures biologiques et virologiques :
Une évaluation de la charge virale sera effectuée dans
le plasma séminal avant traitement du sperme : si le nombre de
copies par ml est supérieure à 10 000, le couple ne pourra être pris
en charge tant que cette situation persiste.
Dans le cas inverse, un traitement du sperme est
effectué en privilégiant l'emploi de deux techniques successives,
gradient de densité puis migration ascendante avec lavage
intermédiaire ; la détection d'ADN proviral ou d'ARN est réalisée
dans la fraction finale. On doit exiger qu'elle soit négative pour
une utilisation en assistance médicale à la procréation :
- si la charge virale initiale dans le plasma séminal
était inférieure à 1000 copies par ml, toutes les techniques
d'assistance médicale à la procréation peuvent être utilisées ;
- si la charge virale initiale était supérieure à ce
seuil, il est recommandé de recourir à une ICSI.
1.3.3. Cas des couples où la femme est séropositive
au VIH
L'assistance médicale à la procréation est envisagée
soit pour réduire le risque de contamination du conjoint par la
pratique d'inséminations, soit pour prendre en charge une
infertilité du couple.
La sélection et le suivi des couples et des patientes
s'effectuera sur les mêmes critères médicaux et virologiques décrits
sous chapitre 1.3.2 concernant notamment la stabilité de l'infection
par le VIH au moment de l'inclusion et pendant la prise en charge en
AMP. La décision de prise en charge devra en outre prendre en compte
le risque de contamination de l'enfant à naître et les conséquences
éventuelles liées aux thérapeutiques pendant la grossesse.
L'évaluation et le suivi psychologiques du couple joue un rôle
particulier tout au long de la prise en charge en assistance
médicale à la procréation et pendant la grossesse.
Le sperme étant issu d'un patient non infecté, il
n'est pas nécessaire d'en effectuer la préparation en vue
d'insémination, de FIV ou d'ICSI dans un secteur particulier du
laboratoire ; par contre, le liquide de ponction folliculaire sera
traité au laboratoire comme un prélèvement à risque viral.
Les prises en charge de la grossesse et de l'enfant à
la naissance devront être effectuées en liaison avec les équipes
obstétricales et pédiatriques spécialisées.
1.3.4. Cas des couples dont l'un ou les deux
membres
sont porteurs du virus de l'hépatite C
Les critères médicaux de prise en charge sont laissés
à l'appréciation de l'équipe pluridisciplinaire.
Lorsqu'il s'agit d'un couple dont l'homme est
séropositif au VHC, le sperme sera traité et préparé au laboratoire
en circuit de risque viral selon les modalités décrites plus haut.
L'évaluation de la charge virale sur le plasma séminal conditionne
la procédure ultérieure :
- si la recherche est négative aucune nouvelle analyse
virologique ne sera pratiquée ;
- si la recherche est positive, une nouvelle analyse
sera effectuée sur la fraction intermédiaire ou finale de
spermatozoïdes congelés (si la fraction intermédiaire est positive,
l'étude de la fraction finale est systématique). Dans le cas où la
fraction finale obtenue après préparation s'avère positive, le
couple ne pourra être pris en charge en assistance médicale à la
procréation.
Lorsqu'il s'agit d'un couple dont la femme est
séropositive au VHC, le liquide folliculaire sera traité avec les
précautions de sécurité sanitaire décrites plus haut. Les modalités
du suivi de l'enfant à la naissance seront à déterminer par les
équipes pédiatriques.
1.3.5. Cas de couples porteurs du virus de
l'hépatite B
Si l'homme est porteur du virus, sa conjointe devra
être vaccinée préalablement à la mise en oeuvre de l'assistance
médicale à la procréation, avec évaluation de la protection
vaccinale ; le sperme devra être traité dans un circuit spécifique
de risque viral.
Si la femme est porteuse du virus, des précautions
particulières devront être respectées pour la manipulation du
liquide ovocytaire ; le couple devra être averti de la nécessité de
réaliser une sérovaccination de l'enfant dans les 72 heures suivant
la naissance.
1.3.6. Evaluation des soins
Les centres d'assistance médicale à la procréation
assurant la prise en charge de patients à risque viral doivent
conserver des informations médicales permettant d'assurer une
évaluation de ces activités encore nouvelles. Un registre des
tentatives d'assistance médicale à la procréation en contexte de
risque viral devrait être tenu par les praticiens agréés.
En dehors des données concernant l'assistance médicale
à la procréation elle-même, dont le recueil et la conservation sont
prescrites par le code de la santé publique et par le présent guide,
les équipes devront conserver dans le respect de la confidentialité
des informations :
- sur les éléments médicaux concernant le couple tout
au long de la prise en charge : âge, stade et suivi de l'infection
virale, contrôles biologiques, traitements, paramètres de fertilité,
suivi psychologique... ;
- sur les résultats des différentes analyses
virologiques pratiquées sur le patient à risque viral, sur son
conjoint et éventuellement sur l'enfant ;
- sur les effets indésirables constatés ;
- sur les abandons en cours de prise en charge.
Il est important de conserver également des
informations concernant les couples n'ayant pu être pris en charge
par l'équipe pluridisciplinaire, notamment sur les motifs de
refus.
Les équipes devront fournir un bilan spécifique
d'activité annuel au ministre chargé de la santé. »
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